| Hommage à Bruno Etienne sur Maillon n°106 |
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L’Orient éternel de BrunoEtienne, chercheur et cherchant, veilleur et éveilleur. J’étais neige Tu me fondis Le sol me but Brume d’esprit Je remonte vers le soleil Jalâl al-din Rumi
Son Orient géographiquecommence au-delà du Pendjab, son Orient initiatique est au dessus de nous commeil le rappelle dans La spiritualité maçonnique. Il a rejoint l’Orient éternel au soir du 4 Mars 2009.Sans doute s’est-il levé ce jour-là en se disant : « c’est un beaujour pour mourir », l’une de ses expressions favorites …Quant à son midi, « ilne se confond pas à un territoire et se limite encore moins à une résidence géographique »comme le rappelle le manifeste d’une des nombreuses revues (La pensée deMidi) à laquelle il a collaboré ;ce midi-là est non seulement « ce lieu imaginaire et pourtant bien réel , lieu qui inspire notre sensibilitéet qui éclaire notre regard » , ce point d’aplomb- axe du monde d’où l’on peut l’ observerautour de soi en même temps qu’on en esquisse sa propre vision , mais il est plus encore celui du « midi justeet plein » , l’heure à laquelle les sœurs et les frères ont l’habitude decommencer à travailler . C’est vous dire que l’orientation, tant verticale qu’horizontaleet le rapport que chaque homme entretient dans l’espace-temps qu’est savie avec les autres et le cosmos ontété les sujets de réflexion permanents autant pour le chercheur que lecherchant qu’est Bruno Etienne. Bruno Etienne , qui s’avouaitun « occidental désorienté » dans l’un de ses derniers ouvrages ( Leretour du voyage en Orient , tribulations d’un occidental désorienté et d’unjaponais westernisé ) laisse descentaines et des milliers de personnes, tant profanes qu’initiées, anciens étudiants, collègues, simples lecteurs, sœurs et frères et amis, proprement désorientéspar son départ vers cet orient sans retour qu’est le passage d’un homme de l’autrecoté du miroir. Bruno Etienne savait qu’ilfaut d’abord faire un pas de coté àla rencontre de l’autre , aller vers l’Orient pour retrouver son Occident , qu’ilconvient de se décentrer pour mieux se recentrer et retrouver son orientation .Ce sont ces exercices, tant intellectuels que spirituels , c’est-à-direinitiatiques, qu’il a pratiquéstoute sa vie , aussi bien comme chercheur que cherchant, tant chez lui ces deuxaspects de lui-même sont mêlés, sans pour autant se confondre , allers-retourspermanents entre les facettes multiples de sa personnalité ( le professeur-initiateur , le chercheur-pionnier , le karatéka-enfinsilencieux, le franc-maçon au franc-parler , le cavalier –chevalier , l’écrivain-polémiste, pour n’en citer que quelques unes) et l’unité de lui-même ,toujours recherchée . Faisons doncquelques pas dans son sillage, dans les traces visibles que sa vie et son œuvrenous laissent pour retrouver notre propre orientation. Franc-maçon, donc ! Envrai, pour de vrai, dans la vraie vie ! De manière sincère, désintéressée,authentique, franche. Il s est donc engagé en franc-maçonnerie, à fond, avecson caractère impétueux parfois excessif, sa fougue passionnée, l’élan quelquefoisbrouillon d’une éternelle jeunesse, avec aussi son exigence intellectuelle, sarigueur de chercheur, son souci permanent de recherche de la Vérité (il savaitqu’il vaut mieux savoir que l’on croit plutôt que croire que l’on sait), sasensibilité pudique et son amour de l’humain. Il faut dire que Bruno Etienne avait une haute idée de lafranc-maçonnerie et de son rôle dans la formation d’hommes et de femmes éclairéeset la construction d’une société plus juste. C’est à Marseille qu’il étéinitié, à la R. . L. . « Le phare de la renaissance », au Rite Français. C’est ici qu’il a entamé une pérégrination initiatique l’ayant mené, cinquante après jusqu’à laR. . L . . « Règle et Liberté », à l’Orient d’Aix, une loge de RiteFrançais Moderne, celle-là. Je l’y ai vu encore, au printemps dernier, assis àson plateau de frère elymosinaire. M’est revenue en mémoire ce soir-là cettemaxime attribuée à Confucius, qu’il avait fait sienne : « Asoixante-dix ans agissant en tout selon mon désir, je ne transgresse pas la Règle ».L’observant regarder ses frères qui l’entouraient d’une fraternité chaleureuse, je l’envisageais s’interroger une dernière fois pour savoir si, comme lui , ses frères avaient vraimentcompris que la liberté n’est pas la méconnaissance de la Règle, encore moins satransgression mais un dépassement, un affranchissement de cette dernière. Éternellequête ! Au cours de cettetrajectoire, il a rencontré Le F.. Jean Mourgues à la R..L.. « Les arts etl’amitié » à l’Orient d’Aix, et appréhendé l’écossisme ; il a gravi quelques échelles(il est 33ième du REAA) puis en a redescendu certaines. Il a réfléchi(entre autres à l’atelier derecherches « Sources » dont il a été un contributeur important),écrit, sillonné la France maçonnique, invité par des dizaines de loges detoutes obédiences, pour défendre sa conception de la franc-maçonnerie : « LaFranc-maçonnerie est une société initiatique fondée sur des mythes et quipratique des rites en utilisant des symboles. C’est donc un ordre séculierproposant un système hiérarchisé dont la finalité est la libération de l’Hommepar l’initiation, c’est-à-dire par le voyage intérieur (V.I.T.R.I.O.L.) quiseul permet la connaissance de soi et donc la maîtrise de son ego. ». Il étaitde celle-ci un gardien vigilant, veillant à ce que ses fondamentaux soientrespectés et dénonçant ce qu’il appelle « les dérives mondaines ». S’il fustigeait « l’opinion »dont il pensait comme Emmanuel Levinas, « qu’elle ne pense pas », il avait, par-dessus-tout le goût du débat d’idées, de l’appétence pour leur confrontation même , n’hésitant àdébusquer chez ses interlocuteurs et chez lui-même les préjugés et les idées d’autantplus toutes faites qu’elles ne sont plus , depuis longtemps, pensées et àtraquer le conformisme des idées convenues . Ce débat, il le pratiquait selon une méthode de « déconstruction »,dont, dans le monde profane, des centaines d’étudiants se souviennent encore,des années après ; méthode qu’il appliquait (question de cohérence) à sespropres jugements. N’est-ce pas à cela qu’est invité l’apprenti –maçon ? Et puis il parlait. Haut etfort ! Trop fort même, pourquelques oreilles, sans doute malentendantes et délicates, au point quecertains ont souhaité qu’on l’exclue pour le faire taire … !? Je me souviens qu’un ancien grand-maîtrea du dire à ceux-là : « ce n’est pas par l’exclusion que l’on peut répondreau F. . Bruno Etienne mais par l’argumentation ». Ils sont d’ailleurs, euxdeux, devenus amis, celui-ci remettant à celui-là les insignes de « Chevalierde l’Ordre Maçonnique de La Fayette », seul titre maçonnique dont BrunoEtienne se soit montré fier, et je les ai vus, moult fois s’affronterfraternellement, dans des débats ou ils n’étaient pas forcément d’accord. Et oui, il parlait haut etfort, jamais de façon péremptoire, mais c’était, certainement, pour réveillerquelques frères ou sœurs qu’il jugeait, à tort ou à raison, endormis dans la chaleur d’unefraternité émolliente, et tournant paresseusement en rond dans leur loge, sanssavoir que l’exercice consiste à tourner en spirale autour d’un axe, le fil à plomb,pour tenter de s’élever jusqu’au ciel des idées. Oh oui, il parlait haut etfort , n’hésitant à intervenir dans le débat public pour défendre une franc-maçonnerie, attaquée par certains pour certaines de ses dérives, se sentant habilité à lefaire d’autant plus qu’il avait été l’un des premiers à les dénoncer, avecforce, vigueur et amour. Car il aimait ses frères, tous ses frères humains, et,je peux vous le dire, même ses sœurs…d’unamour fraternel, lucide et exigent (mais n’est-ce pas toujours le cas de l’amourvrai) et s’il sortait dans la lumière de l’agora, ce n’était que pour délivrerquelques éclats de vérité, quelques fragments d’un enseignement acquis dans letemple. Ce parcours, initiatique, a étéparsemé d’épreuves, de ruptures même, et de pas mal de quiproquos et demalentendus. Mais le temps n’est plus aux polémiques dérisoires. Il est juste l’heurede lire ou de relire, dans un silence serein ses articles et ouvrages maçonniques.Que l’on soit d’accord ou pas (surtout si on n’est pas d’accord), on y trouveraassez de pierres cubiques pour édifier le mur d’une réflexion solide et mêmequelques pierres cachées. Certes, il n’a pas pu s’empêcher de jeter quelquespavés dans la mare, mais c’était par jeu, et ne venait-il pas d’un Sud ou « même les mémés aiment la castagne » ? Retrouvons-le, en parcourantces pages écrites en 2006. « Maintenant, parvenu àla fin de ma vie, je vois plus clairement : j’ai accompli ce voyage demise au jour et de découverte de moi-même par le seul slogan pertinent quepropose la franc-maçonnerie : V.I.T.R.I.O.L. Je souhaite donc m’appliquerla formule d’Ibn Arabi : « La forme du serviteur est l’incognito ! »car plus bas est l’initiateur, plus haute est l’initiation. Le voyage souterrain (le SiMorgh chez Ibn Arabi ou la Flute enchantée de Mozart ) a creusé dans lesespaces de l’origine et dénudé la blessure qui ouvre à la nécessité de la penséeet au récit qui fait basculer sur l’autre versant de la vie celle qui pourraitdevenir une scène entrevue seulement jamais précisée, d’une autre histoire, unehistoire autre. Celle d’un homme enfinlibre, c’est-à-dire conscient, lucide et pas seulement éclairé, illuminé enfinet si possible lumineux. Par compassion pour ses frèreshumains, comme le Bodhisattva, le chevalier Kaddosh retarde alors son exil-éveilpour enseigner les autres. Afin que l’Esprit ne meure point, la spiritualité laïquetelle que je la propose est l’une des dernières chances pour que l’Occidentsurvive et la franc-maçonnerie une de ses rares institutions à sauver …nonparce qu’elle est « occidentale » mais bien parce que ses rites, sesmythes, ses symboles la rattachent à l’humanité tout entière par-delà sesformes historiques contingentes et donc arbitraires ». Bruno Etienne laisse en héritage la force vivifiante de son verbe, larigueur exigeante de ses idées, la vigueur stimulante de ses écrits. à toutescelles et ceux qui reconnaissent en eux un écho de ses réflexions, de ses questionnements etsurtout de ses doutes , Héritage sans testament néanmoins, car il ne se vivaitpas comme un « Maître» , seulement un Maître-maçon et que ce serait n’avoirrien compris à ses propos que de l’idolâtrer , que personne ne saurait se prévaloir d’une quelconquefiliation par rapport à ses réponses (d’ailleurs ses écrits sont d’abord uneinvitation à apprendre à se poser, de manière pertinente, de bonnes questions, affirmant lessiennes , non pas de manière définitive mais comme des pierres balisant lecheminement de la pensée en perpétuel mouvement, nous laissant la responsabilitédes nôtres) et si enseignement il y a dans ses écrits c’est celui de l’indépendancesouveraine de la pensée et l’exigence absolue de la réflexion , comme voie d’accèsaux savoirs, sinon à la connaissance. « Si la vie n’est qu’unpassage sur terre, au moins sur ce passage, semons des fleurs » a écritMontaigne. Bruno Etienne, qui avait bien retenu l’idée du philosophe quiindiquait que l’identité d’un homme est plurielle et ondoyante, a semé avec générositéet à tous vents des graines d’un amour authentiquement fraternel pour toutesles femmes et hommes …..et celles d’une liberté d’examen et d’expression sanslimites. Gageons que nombreuses sont les graines qui germent déjà en ceprintemps, qui vont fleurir et donner des fruits, car plutôt que des fleurs, ce sont des arbres de pleinvent qu’il a plantés, de ceux qui, comme lui ont les racines dans le ciel …etqui marchent. Parmi eux, des grenadiers, porteurs de ces baies rouges, danslesquelles on croque à pleines dents pour délivrer la saveur à la fois sucréeet aigrelette de ces centaines de pépins(1) .Ce sera désormais sa manière d’êtrevivant. Bruno Etienne est parti ennous disant : « Ciao, ciao » dans un ultime clin d’œil …Jene doute pas que nous soyons nombreux à lui répondre : « A toutde suite »… En attendant « Commençonspar le commencement : dessinons le tapis de loge et le reste nous sera –peutêtre – donné par surcroît !». C’est lui qui le dit. Comprenne qui voudraou pourra et c’est ainsi qu’Hiramest grand. Alain-jacques LACOT Président de l’association « Les amis de BrunoEtienne » (1) Allusion à « UneGrenade entrouverte », le livre le plus intime de Bruno Etienne. |
Conférence
"la guerre d'indépendance Algérienne :
Entre Amnisties et Amnésies"
Conférencier : Benjamin Stora
A la Cité du Livre - Salle A.Lunel
Aix en Provence
Le Vendredi 5 Mars 2010 à 18H30
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L'IEP d'Aix en Provence
dédicacera son nouvel amphithéâtre
Au professeur Bruno Etienne
Le 14 Octobre 2009
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Conférence de Michel Miaille
"Bruno Etienne
et
la question du retour aux origines"
4ième journée du livre maçonnique
2546 avenue de Maurin
MONTPELLIER
Le 16 Mai 2009 à 14h30