Une grenade entrouverte PDF Imprimer Envoyer

« Orphelin, scorpion/buffle se complaisant dans l’entouragede vieillards et de fortes femmes seules mais pas esseulées, gaucher contrarié,myope et curieux comme une taupe, menteur et voleur ou plutôt hâbleur – enpatois provençal on dit garofeur – plein de bouche et chapardeur, toujours pressé maisjamais stressé, rarement ému, sceptique sur les valeurs inculquées par rapportaux pratiques que je ne qualifiais pas encore de sociales, complètement isoléen dépit de la naissance de Moncadet et d’un nombre impressionnant de cousines,mais tous venus trop tard, après moi, c’est-à-dire après la guerre donc aprèsLui, il n’en fallut pas plus pour m’apprendre à dire NON systématiquement et mepositionner toujours ailleurs : c’est donc l’hystérie salvatrice autant que protestantequi m’a poussé vers l’épistémologie ! Comprendre le monde plutôt que de nepas le comprendre, même s’il est irrémédiablement corrompu et même si cetteconnaissance ne me donne pas le moyen de le changer. Je ne voulais pas mouriridiot, je décidai donc de vivre jusqu’à ce que j’eusse tout compris, y comprisce misérable tas de petits secrets… »

Bruno Etienne nous confie ici une grenade entrouverte (essaid’anthropologie complémentariste), sorte de « vie mode d’emploi »qui, si elle est Perec-ement jubilatoire, constitue par ailleurs un formidabletravail d’anamnèse : celui qui nous fait parcourir le trajet d’un enfantprovençal devenu professeur de science politique, spécialiste de l’Algérie etde l’Islam, mais aussi professionnel de karaté, et maître dans l’appétit devivre !