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L’excès decomparatisme ouvre parfois quelques portes (Texte inédit prévu pourles actes d’un colloque sur les Pèlerinages coordonné par l’Observatoire dureligieux d’Aix-en Provence et en partenariat avec la Ville de Lourdes tenu àLourdes en Septembre 2008) QuandJean Chélini aborda le deuxième volume de son ouvrage sur les pèlerinages (EditionsHachette) il me demanda de faire la partie musulmane sur le Hajj. N’étant pas musulman je ne pouvais faire le pèlerinagemoi-même ; j’ai donc produit un article sérieux mais constitué de travauxlus et d’entretiens avec de nombreux musulmans que je fréquentais. Le résultatn’était pas déshonorant mais peu conforme à mes habitudes de terrain et à mestravaux sur les pratiques religieuses au Maroc ou en Algérie et à un moindretitre en Egypte, là où j’étais bien mieux immergé dans mon objet. Et pourtantavec le recul j’ai découvert quelque chose que je devais utiliser par la suitesur le plan théorique : chacun ne tourne qu’autour de sa propre kaaba ! La Franc-maçonnerie était en fait – je ne lesavais pas - mon Orient àdomicile, c’est au retour du voyage en Orient que je compris la vraie nature dupèlerinage. Quand on regarde lesphotos aériennes du hajj on estsurpris de voir une masse compacte d’être humains habillés de blanc ( le vêtementde purification : Ihram )qui tournent 7 fois , ensemble mais individuellement , dans le même sens autourd’un carré , la fameuse Kaaba ,foyer du sanctuaire de La Mecque et lieu du le rite de circumambulation et celle aussi d’un débat fameuxque l’on peut considérer comme le début du monothéisme musulman : à partirdes dits « versets sataniques »LIII,19-20, lorsque leProphète détruisit les idoles qui l’entourait … Les témoignages des pèlerinsconfirment cette idée de double posture : l’égrégore de la communauté enmarche et chaque individu face à son destin (le mot al-qadr/qudra en arabe correspond assez bien au sanscrit karma !). En même temps le corps est à l’ordre ducosmos et la foule reproduit le schéma général de la loi du dharma cosmique :la photo aérienne prise de très loin montre une cosmographie qui ressemble à lafois à un fossile et à une galaxie : micro- et macrologie, sans que lesacteurs en aient conscience comme la petite fille qui joue à la marelle dans lacour de l’école laïque ne sait pas qu’elle dessine un mandala avec son corps. A noter pour la défense dema thèse (on ne tourne qu’autour de sa propre kaaba) que le pèlerinage à Mekka(S.2,v.196-203) n’est pas strictement obligatoire bien qu’il fasse partie descinq piliers de l’islam. On peut donc le compenserpar des dons, le faire à domicile ou dans sa tête … Puis au Maroc un jour dansla montagne où je suivais Abdallah Hamoudi dans son enquête sur zawiyya al-Ahansal, un haut lieu dans l’histoire du Maroc de laco-gestion politique à légitimation religieuse : Confrérie/Tribu etmaghzen) je rencontrais un pérégrin vêtu de la muraqaa , un gyrovague qui tournait aussi autour de lui même et pas seulement des monuments dédiésaux sept saints..à la recherche des Septs saints …Sebat u rajul et bien d’autres encore que Manoël Pénicaud devait découvriraprès avoir marché deux mois avec les Regraga…. Donc depuis cette époque je me suis intéressé aux pèlerinagesinternes et non publics… Les voyages sont assez différents mais eux aussicomparables par leur essence. Je rappelle tout d’abord qu’il y a trois types devoyages possibles pour un musulman : tout musulman doitfaire le pèlerinage à La Mecqueet tous les petits pèlerinages, aux Saints, aux lieux honorés de sa région,etc. Tout « confrère » fait de plus des voyages dans sa Loge à partirde cette technique précise qui est la récitation/commémoration du wird et du dhikr spécial à son Ordre. En général les frères sous la direction du Cheikhou d’un moqaddem tournent en rondd’une façon rythmée propre à chaque Ordre, se balancent, respirent, exhalent,les nomsde Dieu pour atteindre l’Unité. Autrement dit, comme dans la Loge maçonnique, l’adeptene circule pas n’importe comment ni n’importe quand dans sa zawiyya. J’y reviendrai plus loin. Toutmystique peut aussi « voyager » selon ses propres moyens par lekif, le hath, l’herbe ou par l’extase,mais aussi bien sûr par la pérégrination réelle. Certesje pense, hélas, que pour beaucoup de FF:. MM:. la marche dans leTemple n’a plus un sens impératif au double sens – sans jeu de mot –de but et de signification, de fin en soi. Et pourtant je suis sûr qu’il nemanque pas de FF:. MM:. Pour savoir que tout déplacement dans la Loge a un senset qu’elle-même est orientée. Or là nous retrouvons au niveau des pratiquessoufies des signifiants identiques. Je les prendrais à l’envers en quelquesorte : non pas en partant du descriptif comme je l’ai fait précédemment àpropos par exemple de la formule du La ilàha illa Allah mais plutôt à partir du sens qui fait sens pour lesacteurs eux-mêmes (ce que j’ai exposé par la méthode d’analyse étic/émic). Eneffet, une des charges que les musulmans orthodoxes lancent contre les Soufisest que ceux-ci soutiennent qu’un mime des cérémonies du pèlerinage de La Mecque peut être effectué n’importe où avec une validité égale à celle du pèlerinage véritableet qu’au lieu de tourner sept fois autour de la Ka’aba, comme le font tous lespèlerins (Hadj), le Soufi accomplitle pèlerinage du cœur vers la Ka’aba personnelle. Certes les Frères tournent enrond pour leurs exercices spirituels – le cas extrême étant les fameuxderviches tourneurs. Mais il ne s’agit que d’une technique, peu importe le lieu. Certescette technique a un sens géométrique pour que sa signification puisse explosermais ce n’est pas ce sens qui est primordial. Les exercices physiques et vocaux(et les longues séances de Dhikrsont à prendre comme orthoépie traditionnelle, technique qui existe dans laplupart des religions) ne sont que le support à la médiation/méditation. Méthodiquementscandés, harmonisés, ils conduisent à l’extase .La commémoration/dikhr fixe l’esprit sur une vérité fondamentale : l’espritglisse de l’invocation sonore à la contemplation. Jevoudrais signaler ici un glissement historique à propos de l’extase : mêmesi certains le nient l’aristotélisme mais aussi Platon ont largement influencéla philosophie arabe et sans doute la pensée soufie. Or ce qu’on appelle la théologied’Aristote est constituée en réalité par des copies des Enneïades de Plotin. Or celui-ci définit une extase d’une toutautre nature que celle produite par le monothéisme sémitique … Nous nous trouvons alors ici à la conjonctionhistorique de deux lectures possibles d’une même praxis : l’expérience acquise par la méditationlorsque l’acteur s’échappe du monde des sens, des affects et de la raison pouratteindre un monde spirituel, qui n’est pas nécessairement hors de lui-même,mais qui se trouve au cœur le plus intime de sa propre existence. Cetteorthopraxie peut alors signifier soit la participation à l’Un et donc la « divinisation »de soi comme le fit Hallaj et à mon avis Abdelkader par la formulation ‘Ana al-Haqq, soit la divinisation du cosmos puisque - selon la formule de Plotin – l’Un n’estpas altéré par ses avatars. On comprend alors pourquoi les orthodoxes musulmanset surtout les wahhabites accusent les soufis d’hérésie voire d’a-théisme…Il n’ypas de divinité … et pourtant celle- là : al-‘illah. Il n’existe rien ! et pourtant Lui/Huwa expiration, inspiration, expiration, éclatement :Huwa ! C’est donc rentré/revenu dans la maison du Père que, grâce à mon expérience d’unautre terrain, j’ai regardé mes propres rituels. L’aboutissement de tous cesvoyages ne servait en fait qu’à me re-connaître, mourir et naître une foisencore ! L’homme voit d’abord à l’extérieur ce qu’il porte en lui-même, cedernier voyage le conduit vers son être intérieur : dans mon cas (la FM) :l’homme accompli, Hiram. Laplupart des pèlerinages sont construits à l’origine sur le tombeau d’un Maître,d’un thaumaturge ou d’un savant, dont la version la plus banale est constituéepar ce que l’on appelle au Maghreb le marabout. On fait donc le pèlerinage au tombeau du saint : « Nemchifi al-siid ». Parfois, c’est lefondateur qui vient s’installer sur un lieu préexistant, c’est le cas à Mekka.Mais il y a toujours un corps quelque part. Lemeurtre du maître Hiram à la fin de la construction du temple de Jérusalem faitl’objet d’un rituel qui est la clé de voûte de l’initiation maçonniques et s’ilen existe plusieurs versions quelque peu différentes sur des détails l’ensembleest identique dans toutes les versions tout au moins en ce qu’elle produit unsens : la véritable finalité de la maçonnerie. Sans entrer dans le détail de ce rituel disons que les différences portent surle nombre des frères qui partent à la recherche su corps du maître assassinéencore que la symbolique de ceux-ci ne soit pas négligeable ..9 dans la plupartdes rituels français. Hiramest assassiné dans le Temple par les trois mauvais compagnons mais ceux-ci vont l’enterrer hâtivementà l’extérieur. Aussi Salomon donne-t-il l’ordre …. /- Une version parmi d’autresmais correcte c’est-à-dire conforme au sens/- « Voyagezmes Frères, de l’Occident à l’Orient par le Septentrion et de l’Ouest à l’Est par le Sud jusqu’à ce que vousayez découvert le lieu sacré où d’infâmes meurtriers ont déposé le corps denotre respectable maître Hiram… » /uneréponse parmi d’autre mais correcte / « Envoyageant vers l’Est nous avons aperçu à la lueur du crépuscule une branche d’acaciaqui ombrageait une tombe dont la terre paraissait fraîchement remuée… » Lasuite renvoie plus à une liturgie car le corps est rapatrié dans le Temple etreçoit les honneurs habituels.Mais la découverte du corps lui-même par le « relèvement » malgré la putréfaction, anticipeplus sur le but du voyage : chaque pèlerin voudrait être prêt mais à ceuxqui veulent ou peuvent dépasser cette fonction exotérique, le pèlerinage permetd’en comprendre le véritable sens : Notre propre résurrection
C’est moi qui classe ici. En fait l’orthodoxiemusulmane et l’ésotérisme musulman proposent des catégories trèsdifférentes de voyages, cf. dans la classification par exemple de la théosophieiranienne il y a 4 voyages qui vont du créateur à Dieu, par ou avec Dieu,alors que pour l’orthodoxie le pèlerinage à La Mecque passe par des lieuxprécis : la vallée de Minna, la montagne al’Arafat puis la colline de Mozdalifaavant de se dénouer, autour de la Ka’aba.
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